Histoire d'Écluzelles
Ce petit village situé à 6 kilomètres de Dreux est ainsi désigné dans une charte (ant ann 1024) : Alleu nommé Ecluzelles dans le comté de Dreux sur l’Eure. Ce mot accuse l’ancienneté de ce lieu (l’alleu ne fut d’abord que le patrimoine ou le propre, opposé aux acquêts, ensuite on donna ce nom à tout ce qui ne fut possèdé soit en pleine propreté ou en héritage, achat ou donation). Le nom d’exclusellas qui y est joint indique que dans l’origine on avait établi dans cet endroit de la rivière d’Eure des écluses ou batardeaux, soit pour la pêche, soit pour la navigation.

Les noms latins que cette localité porte dans les chartes du moyen-âge :exclusellx sclusellx exclusx ne signifient autre chose que écluses. Ecluzelles reproduit parfaitement l’étymologie latine excluselloc. En 1474, on écrivait eclusel.


1024

l’alleu Ecluzelles appartenait à l’abbaye de Saint Père de Chartres par la donation que lui en avait faite un nommé Gaufrid ou Geoffroy et qui fut confirmée par son fils Joscelin suivant la charte dont la teneur suit :

Il est écrit et ordonné dans les décrets des anciens que si une personne laïque noble a fait honneur de son propre héritage soit à une église soit à un monastère ou lui a fait une donation, son fils ni aucun de ses successeurs ne peut exercer aucune répétition à cet égard. C’est pourquoi, moi, Jocelin, fils de Gaufrid, je désire faire connaître à tous, présents et à venir, comment et pour quel motif après la mort de mon père, j’ai été trouver dom Mangenard (Mangenard fut abbé de ce monastère de 1002 au 20 mars 1022), abbé du monastère de Saint Père de Chartres au sujet des biens que mon père lui avait abandonné et livré pour le remède de ses péchés du vivant de ma mère et lorsque j’étais encore enfant savoir :

un alleu nommé esclusel, situé dans le canton de Dreux, sur la rivière d’Eure. J’ai réclamé cet alleu non pas que je veuille le retirer au lieu vénérable à qui l’abandon a été fait ni pour le posséder par quelque moyen frauduleux, mais à la condition que pendant ma vie, je paierai le service dû et un cens annuel de deux sous au terme qui sera fixé, qu’il ne sera permis ni à moi ni à mon fils, ni à aucun de mes proches de vendre ou céder cet alleu mais qu’il restera tant que je vivrai dans ma maison et en ma possession.

Après ma mort pour rendre honneur à la mémoire de mon père et afin que je puisse avoir part à son bienfait, non seulement tout l’alleu que mon père a donné dont je jouis maintenant par la libéralité de l’abbé dom Mangenard et des autres seigneurs, mais encore toutes les dépendances de cet alleu savoir : les moulins, les terres cultivées ou incultes, les prés, les bois, reviendront au lieu duquel je les ai reçus pour être employés à l’usage des serviteurs de Dieu afin que ce qui vient d’être énoncé soit appliqué sans aucune contradiction et ne soit l’objet d’aucune action judiciaire.

J’ai eu soin de le faire insérer dans les présentes lettres afin surtout que même mon fils, si jamais j’en ai un, ne réclame la possession de ces biens. J’ai prié aussi l’illustre comte Eudes, mon seigneur, d’apporter son seing à cet écrit et de le faire signer aussi par ses grands officiers pour qu’il demeure ferme et stable en tout son contenu. Suivent les seings du comte Eudes de Berthe sa mère, d’Agnès sa fille, du comte Gautier, de Gaufrid chevalier de Herve Vicomte, de Rodolphe, de Gosbert, d’Albert de Vasselin, de Sully, de Jocelin qui a fait dresser cette charte et de Gaufrid son chevalier.

1095

Eustache, abbé de Saint Père échange l’alleu d’escluzel avec Otrand de Dreux pour une terre que ce dernier avait à Villerai (villaretum, villiriacum villeredium. Ancien fief seigneurial, ce n’était plus en 1777 qu’un champtier près de Saint Lucien. Il fut convenu entre autres choses que les bois resteraient au meunier d’esclusel, que si les moines et Otrand étaient d’avis de rétablir un ou plusieurs moulins, ceux-ci seraient possèdés en commun mais que si l?une des deux parties, avertie par l’autre, s’abstenait d’y participer, celle qui aurait contribué seule au rétablissement de l’usine la posséderait seule.

1221

Lettres par lesquelles Pierre du Saulx, official de meitre Barthelemy, sous-doyen de Chartres, fait connaître que Alix, fille du défunt Hermann, Ecluzelles ayant reçu quatre livres des moines de Saint Père, leur abandonna tout le droit qu’elle avait sur les maisons et les poulies (polia : écurie étable) situées auprès de la barre de Beaulieu et que leur avait vendu le dit Hermann.

1474

Acquest du 9 juin sous le scel de la chastellenie de Chartres moyennant 100 écus d’or sur Jean d’Estauville et ses frères :
une pièce de bois appelée le bois de Montmousse ou de Mortagne, avec un hébergement (logement maison), cour et jardin assis à eclusel, paroisse de Charpont
item un arpent de terres et deux arpents de pré en une seule pièce assis sur la rivière d’Eure au bout des jardins dudit hébergement
item cinq quartiers de terre en friche en deux pièces au terroir dudit eclusel
item une pièce de rivière avec la moitié d’un gord (gora canal pour la conduite des eaux du mot italien gors, gort et guort (nous avons dans l’Eure et Loir trois hameaux qui portent ce nom) appelé le gordin d’Imbermais (hameau de Marville Moutiers Brulé) au long des deux arpents de pré cy-dessus
item cinq arpents de pré appelé les presz d’aunet, assis au dit terroir
item cinq autres arpents appelés les prez d’aubeton
item trois fiefs dont deux assis audit eclusel, l’un appelé ballesto, l’autre le fief du mesnil renard et l’autre appelé le fief bouleau en la paroisse de Mezieres
item 80 arpents de terres au terroir des gâtines (wastina, guastina , gastina, wastum gastum (terra inculta) sylvestris terre en gast ou inculte foret) entre Fontaine (hameau de la commune d’Ouerre) et Croisilles
item 40 arpents de terre au dit lieu
item 30 autres arpents audit lieu
item 20 sous de rente à prendre sur héritages assis à Fermaincourt
item tout et tel droit que les dits vendeurs avaient sur le ban de Dreux (ce mot a différentes significations, il nous parait devoir s’entendre ici du pouvoir administratif et exécutif et répondre au mot latin imperium)
Cette vente faite et quitte de tout rachapt, charge hypothécaire et obligations quelconques (invent des seigneuries tome 3 page 290 verso archives départementales d’Eure et Loir).

1492

Le chapitre de Chartres afferme à Jean Drouault, écuyer, un hébergement assis au terroir d’escluselles : deux arpents de prex avec six quartiers de terre moyennant 70 sols de cens avec 4 chapons

1552

Jacques de Sabrevoys, seigneur d’Escluselles, est représenté par son procureur à la rédaction des coutumes de Chateauneuf.

1625

Lettres de Jean de Sabrevoys (sabrevois), chevalier, seigneur d’Escluzelles, conseiller du roy, capitaine et gouverneur des villes et château de Dreux, maistre des eaux et forestz du comte et baillage de Dreux et capitaine des chasses pour le plaisir de sa majesté en la forestz dudict Dreux, contenant transaction entre René Augoustin, marchand drappier tondeur, demeurant à Dreux et Louis Breant, marchand drappier drappant, demeurant à beu (archives de l’Hôtel-Dieu de Dreux).

1626

Extrait de la séparation de la cure d’Ecluselle d’avec celle de Charpont faite à la requête des sieurs d’Ecluselle et par descente en justice où l’on trouve que la ferme de Malassis est posée pour borne à la paroisse d’Ecluselle et que la dîme des terres et jardin assis entre lad maison d’Ecluselle inclusivement appartiendront aud curé d’Ecluselle et que la dîme des terres qui vont devant la porte et par lad maison de Malassis en tirant vers Charpont seront et demeureront audit curé de Charpont et de lad terre et métairie de Malassis, sommes montés par le chemin ou sente nommée le bourdinot le long de la haye tirant droit et traversant les terres à droite ligne jusqu’au-dessous de la montagne et au grand chemin de Marsauceux à Charpont, laquelle sente bourdinot jusqu'au grand chemin de Charpont à Marsauceux fera la séparation d’entre les dites deux paroisses dont la cure de Charpont prendra et lèvera les dîmes des bleds du coste de Charpont et de l’autre coste dud chemin vers Ecluselle led curé d’Ecluselle et par delà le dit chemin de Charpont à Marsauceux ne pourra led curé d’Ecluselle prendre comme dîme sur les terres qui y sont situées ainsi celuy de Charpont comme il a accoutumé.

1680

Lettre de Louis Anne de Sabrevois, seigneur d’Ecluzelle, capitaine et gouverneur des villes et château de Dreux, relative à la vente d’une maison.

1714

On conserve aux archives de la mairie de Dreux, un mémoire du sieur d’Ecluzelle de Sabrevois alors gouverneur de Dreux qui avait été installé dans cette fonction le 11 mars 1714. Dans ce mémoire publié en 1724 contre le duc de Bourbon, engagiste du comte de Dreux, M. d’Ecluzelle réclamait le droit que de temps immémorial les gouverneurs de Dreux avaient eu de présider aux assemblées de ville pour l’élection des officiers municipaux, droit dont le grand bailli s’était emparé à son détriment.

1746

Une transaction est passée devant le tabellion royal de la baronnie de Chateauneuf en Thimerais, établi à Ecluzelles pour les branches dudit Ecluselles, le Luat Clairay, Blainville et Marville Moitié Brulé en ce qui dépend du dit Chateauneuf.

1747

Messire Claude Cahouët, chevalier seigneur de Beauvais, de Conteville, des Chatelezs, d’Ecluselles et autres lieux, donne à bail la terre et seigneurie d’Ecluzelles consistant en la grand ferme du dit lieu construite de maison manable, granges, étables à vaches écuries, bergeries, étables à porcs, colombier, pressoir à vin banal et autres bâtiments nécessaires pour le logement du fermier, ce qui reste des bâtiments de l’ancien château où est actuellement logé le garde-chasse dudit lieu. La ferme de Malassis consistant en maisons et bâtiments de même que la dite grande ferme, le moulin à eau dudit lieu banal faisant de bled farine avec le droit de pescherie, ensemble toutes les terres labourables dépendantes des deux fermes cy-dessus au nombre de 183 arpents, tous les prez et pâtures au nombre de 53 arpents (l’annuaire de 1859 contient des notes historiques sur ce château).

Géographie et vie économique

La nature du sol est très variée. Le côté Est se montre tantôt sableux tantôt calcaire et le côté Ouest argileux et siliceux, au centre la couche végétale se compose d’une terre noire mêlée de sable qui est assez fertile. Les terrains de la cinquième classe, en plus grand nombre que ceux de la première, sont composés d’une légère couche de sable de ravine et presqu’improductifs. A l’intérieur et à un mètre cinquante de profondeur, on trouve du sable et des pierres rondes qui semblent indiquer qu’elles ont été roulées et arrondies par le courant de la rivière, quoi que le lit de cette dernière en soit eloigné dans certaines parties de 200 mètres.

La plupart des terrains en côtes contiennent des bancs de marne et de pierres propres à faire de la chaux et d’autres renferment des terres franches, argile, propres à faire de la tuile : ils sont recouverts d’un mètre de terre végétale mélangée de pierre.

L’industrie vignicole d’Ecluzelles était autrefois bien plus importante mais les plantations extraordinaires faites dans le midi de la France en ont amené la décadence et la dépréciation. Les vins que donnent les 15 hectares de vignes que l’on a conservés ne sont plus exportés que dans les pays environnants. Un titre du commencement du douzième siècle nous fait connaître les prix des vignes à Ecluzelles : un demi-arpent sur les bords de l’Eure est vendu 6 livres et un quart d’arpent du même terroir est vendu 50 sous. En tout les ¾ d’arpents coûtent 8 livres dix sous qui représentent 850 de notre monnaie, ce qui met l’hectare de vigne à 2685 francs.

La rivière d’Eure, qui longe la commune du Nord-Ouest à l’Ouest, fait tourner un moulin assez important dont nous avons fait connaître l’ancienneté mais qui a subi sans doute bien des modifications depuis son origine au onzième siècle. Il a sept paires de meules qui peuvent moudre 100 hectolitres de blé par jour. Les farines sont exportées à Paris, à Rouen et pays limitrophes de la commune.

Les monuments

Dans la vallée, non loin de Dreux au milieu d’une aunaie, dépendant de l’ancien château de Comteville, on remarque plusieurs menhirs ou peulvans (pierres levées ou debout ), reste du culte des druides. Il existe un groupe assez remarquable formé d’un demi-dolmen porté sur deux grands supports et d’un peulvan tout à coté.

Ce groupe est connu sous le nom de « pierre des druides ». La table et la pierre debout portent l’une 2 mètres 50, l’autre 1 mètre 80 de hauteur sur 4 mètres 80 et 3 mètres 70 de largeur. C’est un petit monument complet et bien conservé (mémoire de la société archéologique d’Eure et loir statistique page 43).

Sur les bords de l’Eure on remarque de vieillies tourelles, un bâtiment qui porte des traces de pont-levis et une partie des fossés qui l’entouraient : ce sont les restes du château d’Ecluzelles qui parait avoir été fortifié.

On montre aussi l’emplacement d’une chapelle qui était dédiée à Saint Marc. On y allait anciennement chaque année, notamment le 25 avril, implorer la protection du ciel pour les biens de la terre. La hache révolutionnaire a détruit cette chapelle. La charrue en laboure aujourd’hui la place. Le champtier qui a conservé le nom de Saint Marc en rappelle seul le souvenir.

Sources : cahier de Joseph AUGER de Marsauceux

Saisie : Mireille ROUSSEAU

Le pont vu depuis la falaise
Carte postale ancienne
Carte postale ancienne
Carte postale ancienne
plan d'Écluzelles en 1868 - Source archives départementales
Carte postale ancienne
Tableau d'assemblage du plan cadastral 1829

Créé le : 30/03/2018, par Alfredo Lopez modifié le : 30/03/2014