L'église, où en sommes nous ?
La cloche suspendue à son joug en acier
Nous sommes tous au courant de l’état de santé de notre église, fleuron de notre village. La réunion avec l’architecte des bâtiments de France nous a éclairé et malheureusement confirmé du bien-fondé de nos inquiétudes.

Le clocher actuel qui a remplacé l’ancien à peigne ou « arcade », d’origine, est trop lourd pour la structure bois (charpente) actuelle. La technique utilisée est inadaptée pour ce genre de flèche. Les études sont lancées pour trouver la meilleure solution, tant technique, financière que patrimoniale.

Le clocheton actuel

Le clocheton en charpente a été rapporté postérieurement, probablement au XVIIIe siècle, dans la charpente de comble de 1626. Le clocher d’origine avait probablement la forme d’un clocher-mur, en maçonnerie, au somment du pignon de la façade occidentale. Une conception médiocre, mise en oeuvre au moment où le clocheton a été inséré dans la charpente du comble, est à l’origine de l’affaissement progressif de toute la travée Ouest. Le mouvement est ancien, et il s’est accentué récemment, notamment à cause du pourrissement des abouts et des assemblages. Aujourd’hui l’évolution est rapide et très préoccupante. La fermeture de l’église et le périmètre de sécurité mis en place par la commune en juillet 2019 doivent être maintenus. Les risques sont réels à court terme. Plus la restauration sera reportée, plus les structures seront déformées, rendant la restauration plus coûteuse.

Le clocher d’origine : un clocher-mur ?
La façade en garde la trace sous la forme de trois chaines en pierre de taille, pour supporter les piliers d’un
clocher-mur à deux baies, donc pour deux cloches. Ce type de clocher, modèle du clocher rural, était le plus répandu dans les campagnes du centre et du midi
de la France. Aujourd’hui, il est considéré comme caractéristique du midi où il a davantage subsisté (Limousin, Aquitaine, où ils sont appelés souvent clochers-peigne ; Hautes Alpes où ils sont appelés panelles). Il en reste aussi dans la Somme, le Pas-de-Calais, le Calvados et la Manche où ils sont appelés campenards 17. Dans l’Eure-et-Loir, l’Indre, le Cher, la Sarthe, beaucoup de ces clochers-murs ont été remplacés aux XVIIe-XVIIIe siècle par des clochetons et flèches en charpente habillées en ardoises, un matériau extrait en Val de Loire et transportable par route et cours d’eau, puis par le chemin de fer. A Ecluzelles, au vu de l’architecture de l’église, on peut imaginer qu’il pouvait être en briques et pierre, avec un fronton triangulaire ou semi-circulaire dans le style Louis XIII.

État de la charpente

En partie haute, la charpente est saine, peu déformée, les bois et les assemblages sont globalement en bon état, sauf dans la travée du clocher où six fermes-chevrons ont été coupées pour mettre en place le clocheton. Le contreventement longitudinal entre faitage et sous-faitage a aussi été supprimé. Ces six fermes-chevrons qui ont perdu leur triangulation et leur contreventement sont gravement déformées. Les chevrons ont basculé, en s’affaissant en haut et en chassant en pied, désorganisant le versant de couverture. A partir de la ferme principale la plus proche du clocher, le sous-faitage et les entraits hauts sont aujourd’hui environ 20 cm plus bas que ceux des autres travées. De l’extérieur on voit l’affaissement du faîtage en tuiles à proximité du clocher. C’est toute la travée Ouest de la charpente du comble qui est affaissée. Sous la poussée des chevrons en pied, la sablière externe Nord a été déportée vers l’extérieur, sur une longueur d’environ 5 m, jusqu’à 30 cm de déport. A l’extrémité Ouest, il n’y a plus de sablière externe. A cet égard l’absence de ferme principale muralière, c’est-à-dire d’un sixième entrait bas à proximité du mur-pignon occidental, est une faiblesse.

 

Extraits de l'étude 2020 de Claire GUIORGADZÉ, architecte du patrimoine

 

 


Créé le : 15/07/2020, par Alfredo Lopez modifié le : 15/07/2020